par Alem Alquier
Nous avions convenu de nous retrouver cette après-midi ensoleillée du mois de mars au bar du Matin, place des Carmes à Toulouse. Manu Théron était de passage dans notre ville avec Chin Na Na Poun.
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mardi 23 décembre 2014
1 Primate - chronique CD
Romain Baudoin, volontiers promu « Steve Vai de la vielle à roue » en commentaires de YouTube, nous offre un album assez expérimental, où un instrument hybride est largement mis à l’honneur. Le morceau qui introduit l’album s’intitule Paret, certainement pour évoquer ce mur du son qui lui a inspiré la fabrication du double instrument vielle à roue alto / guitare électrique et qui a pour nom torrom borrom (« chaos » en gascon : sa prononciation entraîne l’onomatopée qui évoque un éboulement). La musique improvisée se nourrit d’instants, d’écoute pure, et surtout d’exploitation de l’immédiateté. Par exemple que peut-on faire de plus improvisé que l’exploration de larsens ? L’album en est (un peu) pourvu, et ici on en revendique l’esthétique. Est-ce une même sérendipité (titre du deuxième morceau) qui a conduit Romain Baudoin à inventer cet instrument ? Il faut préciser que son luthier Philippe Mounier est coutumier des prototypes et n’hésitera pas à ajouter dans le cas qui nous intéresse, outre des cordes sympathiques, des clapets qui permettent de monter ou de descendre la note jouée d’un demi-ton ; à supprimer le « plumier » pour un accès direct aux cordes et les faire moduler à loisir…
vendredi 11 juillet 2014
Musique relaxante, musique d’ascenseur, musique obligatoire
La Rantelà
par Alem Alquier
Il n’est presque plus possible de vivre en ville sans musique. Chaque magasin, chaque restaurant, chaque café a sa musique d’ambiance, même chez le dentiste… et ne parlons pas du métro ou des parkings souterrains, qui lorsqu’ils ne sont pas bloqués sur une radio insupportable, passent de la musique classique (qui commence à Vivaldi et s’arrête à Brahms pour le plus récent), censée apaiser… de quoi ? de la ville ? du stress ? Les compositeurs du XIXe siècle se doutaient-ils qu’aux siècles prochains leurs œuvres seraient assimilées à de la thérapie ?
jeudi 10 juillet 2014
Artús - chronique CD
Cantaplora aurait pu être le titre cet album qui a préféré être éponyme.
Les libertés prises avec le texte en montrent bien une des finalités : le recueil d’œuvres inédites de Manciet est un prétexte à mise en musique, et d’une manière magistrale (comme d’habitude chez Artús), et le thème de la cantaplora (la clepsydre ou chantepleure) y est invoqué de manière formelle. Hubert Cahuzac, qui a rassemblé les textes de Bernard Manciet, en explique le parti : « Une intention, une métaphore, un genre littéraire. Bernard Manciet y voyait un art de l’ellipse : de même que la chantepleure sert à prélever un petit échantillon de liquide depuis un vase contenant (comme le taste-vin, canne ou sonde pour une barrique, ou la pipette moderne en chimie), le texte d’une cantaplora doit rester court, une évocation, un fragment de scène plus large, sans récit à proprement dit. Ces quelques gouttes chantent et font pleurer d’autant plus qu’elles ne durent pas, et qu’il faut prolonger leur écoute par l’imagination. La rareté est parfois proche de la concentration… »
Les libertés prises avec le texte en montrent bien une des finalités : le recueil d’œuvres inédites de Manciet est un prétexte à mise en musique, et d’une manière magistrale (comme d’habitude chez Artús), et le thème de la cantaplora (la clepsydre ou chantepleure) y est invoqué de manière formelle. Hubert Cahuzac, qui a rassemblé les textes de Bernard Manciet, en explique le parti : « Une intention, une métaphore, un genre littéraire. Bernard Manciet y voyait un art de l’ellipse : de même que la chantepleure sert à prélever un petit échantillon de liquide depuis un vase contenant (comme le taste-vin, canne ou sonde pour une barrique, ou la pipette moderne en chimie), le texte d’une cantaplora doit rester court, une évocation, un fragment de scène plus large, sans récit à proprement dit. Ces quelques gouttes chantent et font pleurer d’autant plus qu’elles ne durent pas, et qu’il faut prolonger leur écoute par l’imagination. La rareté est parfois proche de la concentration… »
mercredi 20 novembre 2013
Marc Loopuyt, les Orients et le pays natal mythique
par Alem Alquier
Musicien-voyageur, Marc Loopuyt sait qu’il le sera
depuis l’âge de dix ans : il eut une révélation lorsqu’un guitariste flamenco
lui transperça la région cardiaque par un son inédit. On ne se remet pas d’un
tel choc.
Plus tard on le retrouve au sud de l’Espagne, puis au
Maroc, si visible et si proche. Il a été très vite emporté par l’oud, et par la
culture qui va avec.
Passionné, il décrit avec précision les coutumes de ses familles
d’adoption, notamment les tribus berbères du Moyen-Atlas. Féru d’architecture
traditionnelle, il est capable de vivre dangereusement pour aller admirer une
capitelle dans sa dernière région de résidence, le Languedoc-Roussillon.
Est-ce cet « esprit de primordialité », hérité
des mêmes Berbères, qui lui permet d’aller droit au but ?
En septembre 2013, il fait partie du jury pour le
recrutement des élèves du département des musiques traditionnelles au Conservatoire
à Rayonnement Régional de Toulouse. À ce titre, et en tant qu’enseignant, il
nous livre ses sentiments sur la pédagogie, sur la tradition, sur les nouvelles
générations…
vendredi 26 juillet 2013
D'En Haut - chronique CD
Sauvage et bruitiste.
Les deux musiciens (Pairbon / Roman Colautti et Tomàs Baudoin) ont choisi de nous livrer une œuvre dépouillée, où les instruments conventionnels ne sont pas majoritaires. Beaucoup de percussion, lʼutilisation du tamborin en insecte obstiné, lʼaffirmation dʼune contrebasse têtue…
Recherche sonore, expérimentation : la même contrebasse, archetée, provoque un contraste extrême avec une voix assez aigüe ; quelques effets de studio discrets sont notables (comme le delay) mais au fond, très peu utilisés. Ici lʼon trouve la préoccupation majeure de ces artistes, à savoir sʼaffranchir des échelles du tempérament égal, faire dissonner les notes (peut-être pour mieux les récupérer en consonnance), et bien sûr, le tout sur un large tapis de répertoire gascon. Ce nʼest pas la première fois (et jʼespère loin dʼêtre la dernière) que ces membres de Familha Artùs explorent des harmonies que dʼaucuns appellent « out » en jazz… Les arrangements comme à leur habitude sont dʼune grande richesse, et ce paradoxalement (mais est-ce bien un paradoxe ?) à lʼaide dʼun instrumentarium relativement limité. Et que ce soit par des effets électroniques (dans dʼautres contextes) ou bien avec des objets sonnants originaux (bols tibétains, plaques métalliques, solive…) dans ce CD, la restitution des chansons de neuf et autres rondeaux trouve ici une atmosphère qui ne ressemble quʼà ces musiciens, et qui nʼest pas sans rappeler parfois une matière orientale…
Les deux musiciens (Pairbon / Roman Colautti et Tomàs Baudoin) ont choisi de nous livrer une œuvre dépouillée, où les instruments conventionnels ne sont pas majoritaires. Beaucoup de percussion, lʼutilisation du tamborin en insecte obstiné, lʼaffirmation dʼune contrebasse têtue…
Recherche sonore, expérimentation : la même contrebasse, archetée, provoque un contraste extrême avec une voix assez aigüe ; quelques effets de studio discrets sont notables (comme le delay) mais au fond, très peu utilisés. Ici lʼon trouve la préoccupation majeure de ces artistes, à savoir sʼaffranchir des échelles du tempérament égal, faire dissonner les notes (peut-être pour mieux les récupérer en consonnance), et bien sûr, le tout sur un large tapis de répertoire gascon. Ce nʼest pas la première fois (et jʼespère loin dʼêtre la dernière) que ces membres de Familha Artùs explorent des harmonies que dʼaucuns appellent « out » en jazz… Les arrangements comme à leur habitude sont dʼune grande richesse, et ce paradoxalement (mais est-ce bien un paradoxe ?) à lʼaide dʼun instrumentarium relativement limité. Et que ce soit par des effets électroniques (dans dʼautres contextes) ou bien avec des objets sonnants originaux (bols tibétains, plaques métalliques, solive…) dans ce CD, la restitution des chansons de neuf et autres rondeaux trouve ici une atmosphère qui ne ressemble quʼà ces musiciens, et qui nʼest pas sans rappeler parfois une matière orientale…
mercredi 22 mai 2013
La trace enchantée - La Rantèla
par Alem Alquier
![]() |
| The Ministry Of Type / machine à écrire la musique |
Une fois n’est
pas coutume, je vais parler de typographie dans cette Rantèla. Quel rapport
avec la musique ? D’abord (si j’étais versé dans le spiritisme) j’invoquerais
volontiers l’esprit de Maximilien Vox, dessinateur,
graveur, typographe, écrivain… : « La typographie est un métier ancien et très
simple, aussi simple que de jouer du violon, mais guère plus. » Hormis
pour les cultures qui se réclament de et qui fonctionnent par pure oralité, le
point de rencontre est bien sûr l’écriture, expression laissée par une trace à
un moment donné, qui se transforme tantôt en son, tantôt en discours
intelligible.
vendredi 22 mars 2013
Una musica redonda
compte-rendu par Alem Alquier
Palancas, création
Viatge en musicas e dansas entre
Tolosa e Triana
Un spectacle d’Alem Surre-Garcia et Guillaume
Lopez créé le samedi 2 février 2013 au COMDT
![]() |
| Guillaume Lopez et Maël Goldwaser |
Transpòrts Tisnèr S.A., Joan Francés Tisnèr - chronique CD
Écoutez
: c’est du bruit, des bruits, plutôt. Des déplacements de populations (humaines
et animales), assorties d’un discours sifflé : c’est du Silbo Gomero, exprimé
par David Diaz Reyes, ethnomusicologue, spécialiste de la chose.
Puis
des « chansons de neuf » (ou de moins) se succèdent, avec de savants
arrangements, de subtils mélanges de polyphonie vocale et de machines… le sample
et la luette.
Joan
Francés Tisnèr est passé maître dans la confection de chansons à accumulation :
il n’hésite pas à répéter plusieurs fois de suite le même couplet, prétexte à
poésie…
Cette
accumulation est comme un élément obsessionnel de vocabulaire de l’album. Et J.
F. Tisnèr utilise de riches jeux de combinaisons pour une œuvre tout aussi
riche, remplie de sens… on en prend plein les oreilles ! Combinaisons
littéraires ou mathématiques, combinaisons chorégraphiques (il utilise jusqu’à
la codification complexe du saut béarnais) ou acoustiques, puisqu’il est
question d’« octophonie » pour le spectacle éponyme.
lundi 12 novembre 2012
Escales, Sophie Cavez & Baltazar Montanaro - chronique CD
Le violon et l’accordéon diatonique sont les
espèces les plus répandues dans le biotope trad. À l’opposé, le uillean pipe,
par exemple, compte peu d’adeptes en France ; dès lors il paraît plus facile
pour un piper de sortir du lot. Quant aux autres (les joueurs des
instruments les plus répandus), il faut bien faire du chemin, travailler dur,
ne jamais s’avouer vaincu…
lundi 24 septembre 2012
TRES - chronique CD
TRES
(« Trois » en occitan) est un groupe clairement orienté « chants à
danser » – même si quelques-uns de l’album ne le sont pas forcément – et
qui gravite autour de la voix de Marianne Evezard. Nous avons là affaire à de
véritables virtuoses : Basile Brémaud restitue magistralement une tradition
violonistique auvergnate, tandis que Jéròme Liogier Elsener roule une vielle
limpide et efficace. Hervé Capel donne du rythme à l’ensemble par son accordéon
chromatique, mais pour moi se borne trop souvent à ce rôle d’accompagnateur,
même si parfois on sent que c’est pour mieux décomposer telle cellule rythmique
ou pour introduire telle harmonie inattendue, tirée certainement d’une culture
jazz…
vendredi 20 juillet 2012
Transarchéomécanique - La Rantèla
par
Alem Alquier
Pour cette Rantèla
entièrement numérique, et inaugurant une nouvelle série, voici une sélection
d’archéologues, de mécaniciens et de transcripteurs…
L’archéologie du
son
Archeotronics,
« la première émission consacrée à l'archéologie des médias sonores et à
leurs manipulations ».
Le son du bébé qui
pleure passé au logiciel AutoTune est complètement inédit ! De même que
la « fusion » entre la Suite pour Violoncelle n°1, prélude, BWV
1007 de J. S. Bach et le Duo des antiquaires par Jean Poiret &
Michel Serrault : il s’agit ici de l’application d’une invention de Roland
Moreno (l’inventeur de la carte à puce) appelée Célimène (l’ancêtre de
l’AutoTune, donc) : irrésistible…
mardi 3 juillet 2012
Le bal Brotto-Lopez - chronique CD
Tous
les morceaux se dansent ! c’est la moindre des choses pour assumer ce nom
d’album… sous-titré en fin de livret « l’album des 10 ans ». Et comme
un achèvement symbolique (en l’occurrence une décennie) se doit d’être fêté, on
n’a pas lésiné sur les moyens : nous avons là un disque d’une haute tenue, avec
un foisonnement de participants, comme pour signifier une convivialité liée à
l’objet même de l’enregistrement : le bal. Joan-Francés Tisnèr, Xavier Vidal
(entre autres au trombone, mais oui !), les Baudoin, Éric Fraj, Guilhem
Cavaillé, Camille Raibaud (magnifique duo d’impro aux violons - trop court -
sur le titre 1 !)… et bien d’autres pas moins valeureux. Et tout ceci sans être
bavard…
Folk off !, Kat ça-i - chronique CD
« Kat
ça-i est [pour les Baudoin] un laboratoire d'expérimentation autour de
leur pratique, une récréation publique basée sur le plaisir de se retrouver
pour créer une musique ethnique, directe et efficace. Travailler du spécifique vers
l'universel c'est savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va !1 »
Es contra ta pèl, Du Bartàs - chronique CD
« Chansons
populaires mélodramatiques », est-il précisé sur le site de Du Bartàs … Mais sur un fond de « no future »,
Plantarem de pastèca, chanson hédoniste qui prône une décroissance
décomplexée, donne l’ambiance du disque : les chansons à la gloire du nectar de
Vitis vinifera et de la fête ne manquent pas, et une large place est
donnée à la voix et au parler cru… les désormais six protagonistes de ce groupe
ne se contentent pas d’être de sacrés instrumentistes… ils chantent tous.
jeudi 24 mai 2012
Tout part du bourdon
Un entretien avec Gaëtan Polteau
propos recueillis par Alem Alquier
propos recueillis par Alem Alquier
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| Grande cornemuse à miroirs (ou « chèvre ») |
Sa formation d'électronicien (BTS électronique : formation en
électronique, mécanique et électricité), ses recherches en musées et
bibliothèques (relevés d'instruments, lecture de traités et manuscrits, etc.),
ses expériences en musiques Renaissance et baroque (notamment en hautbois et
musette baroques), ses expériences de musicien et de pédagogue en musiques
traditionnelles, sa grande curiosité et son travail en binôme avec Nicolas Rouzier1, lui permettent de créer la compagnie
Amalthée2 et un atelier de facture instrumentale.
Son goût pour la transmission et l'enseignement lui fait adopter une réorientation professionnelle : titulaire
du DE et du CA de professeur de musiques traditionnelles,
il enseigne au Conservatoire à Rayonnement Régional de Limoges depuis 2005.
Il nous parle avec passion de sa vision des trois thèmes qui pour
lui sont absolument indissociables : pratique musicale, facture instrumentale,
formation... avec un maître-mot : la recherche.
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