mardi 3 juillet 2012

Es contra ta pèl, Du Bartàs - chronique CD

« Chansons populaires mélodramatiques », est-il précisé sur le site de Du Bartàs … Mais sur un fond de « no future », Plantarem de pastèca, chanson hédoniste qui prône une décroissance décomplexée, donne l’ambiance du disque : les chansons à la gloire du nectar de Vitis vinifera et de la fête ne manquent pas, et une large place est donnée à la voix et au parler cru… les désormais six protagonistes de ce groupe ne se contentent pas d’être de sacrés instrumentistes… ils chantent tous.
Globalement, cet enregistrement donne une impression sud-américaine (mais le charango y est pour beaucoup) où, comme dans le disque précédent, les intonations mondines1 sont très présentes… la nouveauté étant un apport arabo-andalou bien venu !
La chanson Adieu-siatz ma maire raconte le tirage au sort de la conscription à l’époque napoléonienne : il est toujours intéressant - et savoureux ! - pour moi, qui n’ai jamais entendu parler le languedocien que par mes compatriotes2 et en particulier par les membres de ma famille, d’entendre un chanteur maghrébin (ici Abdel Bousbiba) utiliser cette langue : elle se pare tout d’un coup d’un ethos assez éloigné de nos campagnes… Le juron « macarèl de dieu » prend un tout autre son ! (mais d’autres se sont déjà essayés à la langue occitane également avec bonheur, comme Hayet Ayad…).
Les chansons aux accents contestataires côtoient les airs de fête, parfois rassemblés en un, pour évoquer notamment ces réfugiés républicains espagnols qui ont chanté toute la nuit quand « lo Franco a crebat enfin » dans un quartier de Carcassonne…
Mais l’œuvre est parfois inégale : des chansons (par exemple Quand on se retrouve) très typées « variété » (ou pire : « chanson française » - oui je sais je suis intraitable sur ce sujet) côtoient sans complexe de vraies merveilles comme Louis Barthas - caporal tonnelièr pacifista, ou Es contra ta pèl, dans lesquelles l’invention de Laurent Cavalié prend tout son sens : arrangements intelligents, polyrythmie juxtaposée… encore l’influence maghrébine en action !… sans parler de la langue qu’il manie avec une certaine aisance. Mais pour moi ce qu’il a réussi dans ce disque (outre - insistons là-dessus ! - d’accorder une belle place au violon alto de Bousbiba), c’est de lier des chansons d’amour à des rythmes où on ne les attend pas forcément : comment peut-on raisonnablement évoquer les premiers baisers d’une rencontre, réputés fragiles, abandonnés… en une frénésie de tarentelle ?… pari gagné, en faisant devenir chèvre…

Alem Alquier


Es contra ta pèl
Du Bartàs
Sirventes, L'autre distribution, 2012 

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